L'église actuelle est au moins la troisième qui ait été bâtie au même endroit. La précédente, reconstruite en 1643, menaçait de s'écrouler un siècle plus tard. Aussi Emmanuel de Croÿ - toujours lui - obtint-il du roi, pour payer la construction d'une nouvelle église, l'autorisation de lever un impôt sur les boissons cabaretières. Pour établir le plan, il s'adressa à son ami l'architecte Contant d'Ivry. Les travaux commencèrent en 1751, sous la responsabilité du frère Louis de Saint-Joseph, carme déchaussé de Valenciennes, qui ne se priva pas d'en modifier maint détail. L'église était achevée en 1756.

Sur un soubassement de grès, la façade en pierre blanche de style classique comporte deux étages, la partie supérieure, plus étroite, étant reliée à la partie inférieure par des volutes. Le portail, dont les bas-reliefs datent seulement de 1856, est encadré de colonnes cannelées en pierre de Bavay d'un bel effet. Chacune des baies de la façade est accostée de pilastres toscans en bas et ioniques à l'étage dont l'alignement confère à l'ensemble une cohérence heureuse. Si le fronton terminal triangulaire semble s'imposer, le quart de rond du fronton inférieur rompt la monotonie qu'aurait créée un simple bandeau. Les pots à feu du bas ont une ligne différente de ceux du haut pour s'harmoniser au mouvement de l'ensemble.

Contant a voulu un entablement supporté par douze colonnes ioniques (en pierre de Marbaix) pour conférer plus de légèreté aux voûtes, ce qui permet de les éclairer par des lanterneaux. Le choeur, aux pilastres de stuc, rappelle celui de la chapelle de Versailles, à laquelle le duc de Croÿ souhaitait que Saint-Wasnon ressemblât : les fenêtres prises dans un mur courbe paraissent avoir un arc rampant.

C'est à Gilis que l'on doit le modèle des chapiteaux ioniques, les deux colosses qui soutiennent le buffet d'orgue et les instruments de musique sous forme de bas-relief dans le choeur. Les deux vitraux qui encadrent le maître-autel ont été réalisés par l'atelier Durieux de Reims en 1863, c'est-à-dire à la belle époque de la renaissance du vitrail. Les deux toiles représentant l'Assomption, au-dessus de l'autel, et Le bon pasteur, sous les orgues, sont de Gustaves Housez (vers 1860). Le pavement de mosaïque évoquant les vertues théologales et la Trinité date de 1882. Sous la Révolution, l'église paroissiale s'enrichit des dépouilles de la Colégiale : le grand Christ du bas-côté droit, qui daterait du XVIe siècle, et les panneaux de la chaire, qui figurent la parabole du semeur, en proviennent.

Qui était donc ce Wasnon, ou Wasnulf sous le vocable duquel est placée l'église paroissiale ? Il aurait vécu à Condé au VIIe siècle et une tradition postérieure en fait un évêque issu du clan irlandais des Scots. Qu'il ait été évêque est peu probable : nombre d'obscurs saints de cette époque sont représentés crossés et mitrés, et son nom, tout ce qu'il y a de plus germanique, infirme son origine celtique. Quoi qu'il en soit de cette appellation d'origine non contrôlée, la paroisse célèbre la "naissance au ciel" de son saint patron le 1er octobre.