L'ancienne halle échevinale était encadrée par deux maisons fort branlantes de chaque côté. En 1773, le duc de Croÿ charge le chevalier Du Buat de dessiner un nouvel hôtel de ville.
Pour lui donner de l'ampleur, les maisons adjacentes sont abattues tandis que la façade de celles qui les remplacent forme un ensemble intégré avec le nouveau bâtiment.
Du Buat donne dans le grandiose, avec un avant-corps à six colonnes doriques en pierre d'Ecaussines qui, comme des impôts d'Ancien Régime, semblent écraser un soubassement en pierre de Bavay. Cette impression est encore renforcée par les arcs surbaissés des ouvertures basses. Pour couronner le tout, l'entablement supporte une balustrade que six pots à feu fixent leur poids.
Il faut admirer de près car, à une certaine distance, le terrasson de la toiture paraît se demander comment jouer son rôle. En 1777, alors que le gros-oeuvre est terminé, Emmanuel de Croÿ écrit qu'il y a "du beau dans la façade".

Par une porte cochère, on entre dans l'hôtel de ville où l'on pouvait naguère pénétrer en voiture, comme en témoignent le pavé de l'entrée et les chasse-roues. La salle des gardes, aux voûtes en culs-de-fours, reposant sur des piliers carrés et des pilastres en pierre de Bavay, surprend par son acoustique curieuse. Mais ce qui étonne davantage, c'est la présence de semblables voûtes derrière une telle façade.

Le vestibule du premier étage présente deux grandes toiles :
L'apparition de la vierge à saint Charles Borromée pendant la peste de Milan en 1576 de Gaspard de Crayer (1584-1669) et Athéna chez les Muses de Frans Floris de Vriendt (1516-1570).
On est frappé du contraste entre ces deux peintres anversois : sujet, coloris, caractère réaliste ou éthéré.
Avec sa balustrade en faux marbre, ses stalles et ses lambris historiés d'allégories, la salle des mariages ressemble à une ancienne salle de tribunal. Cela n'a rien que de très normal pour l'ancienne salle de justice de paix qu'on aménagera dans ces lieux sous la Restauration, comme le rappellent les armes au centre. Parmi les toiles accrochées aux murs, les portraits en vis-à-vis de deux époux ont l'air d'avoir été peints pour ce lieu : peut-être est-ce le docteur Petit, chirurgien du maréchal de Croÿ, et sa femme. On sourira sur la Marianne de plâtre, hiératique femme-poisson, qui présente, comme un pied-de-nez à la République qu'elle est censée représenter, un écu fleurdelysé.
De vastes dimensions, avec ses murs tendus de soie rouge, le grand salon en impose au regard. Dans leur cadres dorés, quatre portraits évoquent la galerie des grands ancêtres d'une gentilhommière.
Oeuvres de Housez (1880) pour trois d'entre eux, et de Décrouez (1923) pour le dernier, ils représentent le juriste Duhot, membre du Conseil des Cinq-cents, qui terminera sa carrière comme juge de paix à Condé ; l'immortel Josquin des Près, mort prévôt de la Collégiale le 27 août 1521 ; le maréchal Emmanuel de Croÿ et la tragédienne Clairon. Au trumeau du fond, une vaste allégorie de Momal de Lewarde représente L'hommage à la France des Etats de Hainaut en 1789. Sur la cheminée trône une statuette, La faneuse de Paul Mengin (1904). Les cinq lustres de cristal contribuent à l'impression de majesté qui se dégage de l'ensemble. Le sol n'est plus qu'un plancher de chêne, car il a fallu en 1861 démonter le carrelage de marbre qui pesait au point de fissurer les murs !